Interview d’Alice Quinn

29 novembre 2015

1Quel est le premier livre que vous vous souvenez avoir lu ?

À mon époque, on distribuait des prix à la fin de l’année scolaire. J’ai donc à la fin de mon CP reçu un prix, mon premier livre. Dans ces contes de Perrault, il y avait : Peau d’âne, La Belle au bois dormant, Barbe-bleue, Le Petit poucet et Le Chat Botté ! Tout y était. D’ailleurs, mon chat est botté. (c’est à dire qu’il a les 4 pattes de la même couleur comme des chaussettes). On dit que les chats bottés apportent la fortune à leurs maîtres. Pour moi, ça a fonctionné quand j’ai écrit Un palace en enfer. C’est la notion de maître dont je doute car il est clair que je suis plutôt son esclave. La vraie croyance serait de dire que les chats bottés apportent la fortune à leurs esclaves…

Pardon pour la digression.

Il y avait peu de livres à la maison, et avant cet âge là, mon rapport à la fiction passait par le cinéma de la paroisse, le dimanche. Je me souviens y avoir vu pas mal de films entre 5 et 12 ans. Ceux qui m’ont le plus marqués : les James Bond, D’où viens-tu Johnny et Babette s’en va t’en guerre, mais aussi Le Tombeau Hindou de Fritz Lang. La programmation était assez large !

Pensez-vous qu’il faille être un grand lecteur pour être un bon auteur ?

Comment peut-on comprendre le plaisir de celui qui vous lira, sans être un lecteur ? Tout dépend peut-être si l’on écrit pour soi ou pour être lu ? Et si on respecte ses lecteurs ? Mon crédo est : « Plutôt mourir que d’ennuyer le lecteur ». Mais c’est un peu normal car j’écris de la littérature dite « de genre » que je revendique. Donc c’est un peu à part. Ce n’est pas considéré, du moins en France, comme de la vraie littérature.

Vous faites partie de ses auteurs qui ont commencé leur carrière sur Amazon avant d’être repérés par un grand éditeur. Pouvez-vous nous raconter cette belle histoire ?

J’étais déjà éditée par des éditeurs pour des romans policiers ou fantastiques écrits pour la jeunesse (ados et plus si affinité). Suite à un ras-le-bol de mes relations avec mes éditeurs, j’ai décidé de lorgner du côté de l’autoédition numérique et bien m’en a pris. J’ai publié en auteure indépendante un roman, Un palace en enfer, qui avait été refusé par trois éditeurs sous prétexte que les lecteurs français n’aimaient pas quand les auteurs français écrivaient des comédies policières. Vous pouvez constater que la formulation est assez sioux. Il se trouve que je suis aussi une lectrice française, et que j’adore les comédies policières qu’on trouvait il y a quelques années essentiellement sous forme traduite venant d’auteurs ango-saxons, nordiques, ou italiens par exemple.

J’ai donc pris un pseudonyme, j’ai bricolé la couverture et tout le tintouin, et je me suis lancée. Le premier mois, j’en ai vendu 5, j’étais contente. Le deuxième mois, soudain, 200. Alors, là c’était chouette. Je me suis payée avec les sous une couverture faite par une professionnelle, et prévue pour se décliner sur plusieurs opus, car mon rêve était d’en faire une série.

Le troisième mois, j’en ai vendu 2000. Ça a continué dans le style et à la fin de l’année 2013, j’étais numéro 1 des ventes numériques France. Trop bien !

Sur votre site internet, vous dites que 2013 a été la première année où vous avez gagné de quoi vivre avec un livre. Pourtant vous n’étiez pas encore signée par Michel Lafon.

Michel Lafon est arrivé en 2014. C’est en 2013 que j’ai gagné comme jamais auparavant avec un livre.

Pour simplifier et résumer, car je ne pratique pas la langue de bois et je ne tourne pas autour du pot, et puis il faut parler chiffre et casser ce tabou : un éditeur me signait avant un à-valoir droit d’auteur d’environ 2000 €, (pour entre 6 mois et 1 an d’écriture), avec un pourcentage de 5%, effectif à partir du moment où l’à-valoir était remboursé, bien sûr. En général, j’en vendais entre 3000 et 5000. Faites le calcul.

En numérique avec Un palace en enfer, j’ai vendu dans les 25 000 exemplaires, en touchant 70 % de ce petit prix que j’avais décidé de mettre (un auteur indépendant décide tout seul du prix de vente de son livre). Je trouvais indécent de mettre un livre autoédité et numérique, trop cher.

Faites le calcul…

Comparez…

L’histoire ne s’arrête pas là puisque depuis quelques mois vous êtes traduite en anglais et en espagnol. Comment vit-on cette « dépossession » ?

En anglais, ça n’a pas été une dépossession, puisque j’ai travaillé en étroite collaboration avec ma traductrice, Alexandra Maldwyn Davies, que j’adore, qui est devenue une amie. Elle comprend parfaitement mon univers et Rosie Maldonne. Chaque expression populaire, chaque jeu de mot, chaque mot d’argot, chaque référence ont été passés en revue pour l’aider à trouver une équivalence transversale (sens, métaphore et références populaire). Nous cherchons même souvent ensemble l’étymologie des mots d’argot ou leur provenance. Le livre a été un succès outre atlantique sous le titre Queen of the trailer park, et j’ai 1916 commentaires en anglais sur amazon.com. Pas mal pour la petite Rosie.

Pour la version espagnole, ça a été plus chaotique. Je n’ai jamais réussi à entrer en contact avec le traducteur ou traductrice, et encore à ce jour, l’éditrice espagnole ne répond pas à mes mails… Les mystères des traductions, lorsque les droits étrangers sont vendus par l’éditeur…

Vous devez tout cela à Rosie Maldonne. Pouvez-vous nous parler d’elle ?

Vous avez raison de le dire, je lui dois tout. Je ne sais pas comment elle est entrée dans ma vie, dans ma tête, mélange de ras le bol, de déprime, d’admiration et du besoin de respirer. Une douce et amusante revanche sur la vie. Elle est à la fois moi et tout ce que je ne serai jamais.

Au départ, c’est froidement que j’ai cherché ce qui pouvait définir de nos jours une véritable héroïne des temps modernes. Je me suis dit (mes enfants étaient petits à l’époque) : une maman monoparentale qui doit tout mener de front. Voilà ce que c’est une vraie héroïne de nos jours.

Mais ensuite, j’ai cherché par élimination. Je voulais une looser, car les personnages de looser étaient ceux qui me faisaient le plus rire et auxquels je m’identifiais le mieux, mais très vite, je me suis dit, pas de complaisance, pas de lamentations, pas de misérabilisme. Ma looseuse à moi, elle ne se rend pas compte qu’elle perd. Elle est heureuse, courageuse, battante, se croit la plus maligne alors qu’elle ne sait rien à rien. En fait je voulais qu’elle me donne la pêche pendant les périodes d’écriture, en plus de me faire rire.

Finalement Rosie Maldonne, avant de devenir ma meilleure amie, c’était mon médicament, ma vitamine et mon prozac.

La vie d’auteur est une drôle de vie. Avez-vous une anecdote amusante à nous raconter ?

Désolée, rien d’amusant, que des choses sinistres… La vie d’auteur est un calvaire. À se demander pourquoi les auteurs continuent à écrire !? Les seuls de la chaîne du livre à ne pas en vivre ! Et c’est si frustrant d’être obligé de rester enfermé devant son ordi quand il fait beau dehors ! Toujours en retard sur les chapitres ! Des crampes dans l’épaule (gauche). Les doigts qui font clic-clac. Dany Laferrière (je crois que c’est lui) dit qu’on voit l’avancée du roman au nombre de coussins de soutiens utilisés par l’auteur au fur et à mesure de la progression du roman.
Et les commentaires lapidaires et venimeux des lecteurs qui n’ont pas aimé et qui vous laminent d’un sanglant : « Trop nul ! désolé, j’ai pas pu finir ! » Pour moi, qui cherche à distraire avant tout, il n’y a rien de pire comme remarque !

Mais le pire moment c’est quand même quand on a réussi à finir le livre (quelques mois de sa vie tout de même ), qu’on a trouvé un éditeur, on est tellement fiers, on se pointe dans une librairie, prêt à dédicacer, avec des stylos neufs et brillants, et là, personne ne vous calcule ! Les gens passent devant vous sans un regard. Vous êtes soudain transparent, après avoir été le roi devant votre écran pendant si longtemps. La gifle est toujours difficile à avaler…
Heureusement qu’il y a aussi ceux qui aiment, ceux qui vous remercient, ceux qui adorent Rosie Maldonne.

Et maintenant, Rosie se fait la belle ?

Oui, voilà enfin l’opus numéro 2 de Rosie Maldonne, Rosie se fait la belle.

Il a été long à arriver car j’ai eu en 2014 un grave accident qui m’a pas mal ralentie. Mais bon, il est là. Sorti le 6 novembre 2015. À l’heure où je vous réponds, il est entré dans le top 10 en 2 jours. J’espère que les lecteurs qui ont aimé le premier vont encore se régaler. Après avoir, dans Un palace en enfer, eu à faire avec la mafia russe, avec la corruption politique locale et avec un bébé enlevé, voilà cette fois Rosie confrontée au FBI, à un meurtre et à un trafic de faux tableaux…

Elle a le don de se fourrer là où il ne faut pas, pour mon grand bonheur en cours d’écriture et celui de ses fans.

Et c’est quoi la suite ?

Je repars en indépendante avec cet opus #2, et le futur de Rosie Maldonne est donc de nouveau complètement ouvert. N’ayant pas d’éditeur pour l’instant, il ne sera pas en librairie mais disponible sur Amazon, en numérique à 2,99 € et aussi en papier-broché à 12 €.

Il est déjà traduit en anglais et sa sortie est prévue pour février 2016 sous le titre Queen of the hideout.

Je termine en ce moment le Rosie 3.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Je viens de finir Les poisons de Karthaz de Audrey Alwett, de la fantasy écrite avec humour, un roman simplement génial ! Une future grande que Terry Pratchet n’aurait pas reniée…

Je m’apprête à attaquer la saison 3 intégrale de Lacan ou la boîte de mouchoir de Chris Simon dont j’avais adoré la saison 1 et 2.

Ces 2 romans ont la particularité d’avoir été écrits par des auteurs hybrides, c’est à dire à la fois auteurs édités par des éditeurs traditionnels, et auteurs indépendant s’autoéditant… Reconnaissez que c’est étrange… Les choses bougent au royaume jusqu’ici figé de l’édition française, en tout cas du côté des auteurs.


ALICE-QUIN_6192-2-petiteAlice Quinn a beaucoup de points communs avec sa Rosie Maldonne, l’héroïne de Un palace en enfer

Comme elle, elle vit dans le midi, elle est désorganisée, elle a des gosses, des chats, elle a vécu dans une caravane, et elle connaît bien le système D pour survivre….

Elle a fait toutes sortes de métiers, de ouvreuse de cinéma à serveuse dans des cafés, elle écrit depuis longtemps, mais sous d’autres noms, elle a joué dans une comédie musicale dans des MJC en chantant comme une casserole, elle a voyagé dans pas mal d’endroits, bref, elle a des petites expériences de la vie qui lui ont permis d’imaginer le personnage de Rosie.

Elle l’a voulu proche de Erin Brokovitch, qu’elle adore.

A la différence de Rosie, elle n’a jamais été sexy, elle a le double de son âge et son bac. Sa grand-mère ne s’est jamais prostituée, du moins pas à sa connaissance… Sa devise serait du genre : « Pas de panique, quand on touche le fond on finit par remonter. »

Elle aime les Pépitos, mais n’en abuse plus depuis qu’elle n’arrive plus à perdre ses kilos en trop, les sushis et le thé vert. Elle est gourmande quand même et a tendance à se resservir deux fois. Les spaghettis restent son plat préféré, surtout aux vongole avec un petit vin blanc de Sorrente.

Elle aime le soleil chaud, bien chaud, la canicule, quand ça tape bien fort, et qu’on ne peut pas faire un pas devant l’autre sans être scotché au bitume.

Elle remercie ses lecteurs pour le succès numérique rencontré par Rosie (son personnage), et qui lui a permis d’écrire un épisode 2 à ses aventures.

Elle est enchantée de pouvoir donner suite à la série car pour elle ces moments d’écriture sont des heures de rigolade en perspective, et pour cause : Rosie est l’amie avec qui elle rit le plus…

Pour en savoir plus sur Alice Quinn : www.alice-quinn.com



5 réponses à “Interview d’Alice Quinn”

  1. martine magnin dit :

    bravo pour le courage, le tonus, et la personnalité. Chapeau pour cet auteur que je lirai avec plaisir, merci et toujours bonne route à elle !

  2. Interview super intéressante 🙂 L’auto-édition me fait rêver, et cette entrevue m’a énormément donné confiance en mon projet. Bravo à l’auteur et surtout bonne continuation!

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