Interview de François Corbier

2 janvier 2016

meschansonsflashQuel est le premier livre que vous vous souvenez avoir lu ?

Je crois que c’était Peter Pan mais pas le bouquin tiré du film Walt Disney mais le bouquin qui a inspiré Walt

Pensez-vous qu’il faille être un grand lecteur pour être un bon auteur ?

Non je ne le pense pas mais lire ouvre l’esprit et donne sans doute envie de raconter aussi des histoires mais de là à en conclure qu’après avoir tout lu on a plus de chance de devenir un bon auteur me semble un peu blague.

Faut-il rencontrer les auteurs qu’on admire ?

Non. Je n’ai jamais rencontré Maupassant et pourtant je peux difficilement me passer de lui. Idem Rimbaud, Dylan…

Beaucoup vous connaissent pour vos activités télévisuelles, peu savent que vous avez un vrai talent d’écriture. Comment les en convaincre ?

Je compte prochainement faire l’acquisition d’une Kalach et me rendre chez ceux qui m’ignorent !

Que racontait votre livre Vous étiez dans Dorothée ?

Le titre intégrale est : Vous étiez dans Dorothée ? Non j’étais à côté ! Ce titre résume tout. On me ramène sans cesse à mes années télévisuelles. Mon bouquin justement raconte ce que fut ma vie avant la téloche, et après, avec une trentaine de pages consacrées à des portraits de mes anciens collègues où à des personnes que j’ai croisées pendant les quinze années où j’ai fait l’andouille dans le poste pour faire rire les minots

La vie de Corbier est une drôle de vie. Avez-vous une anecdote amusante à nous raconter ?

Tout à l’heure je cherche mon chemin dans Ivry. Je suis au volant de ma voiture. J’avise une maman qui vient de récupérer son gamin. Je m’arrête. Je me penche. Je lui demande le nom de la rue. Elle me regarde et dit :  » Ho mais vous êtes Jacky ! » Je lui dis  » Non moi c’est Corbier. » Elle me répond :  » Ah non ! Lui je ne l’aime pas ! »… On n’est pas grand chose.

C’est quoi le bichebochien ?

Un mouvement poétique qui joue sur les sonorités plus que sur le sens. Pour faire un poème il suffit de choisir un mot et de changer une lettre pour avoir un autre mot puis recommencer la même opération avec ce nouveau mot pour en faire un troisième etc. Quand on a suffisamment de mots on les assemble pour faire le poème : « Une biche et un Boche sous une bâche bêche et mâche une bûche. C’est Noël ! »

Vous venez de sortir un recueil de chansons flash. Peut-on en savoir plus ?

Les premières chansons que j’ai composées était très courtes. Ça venait du fait que je ne savais pas en écrire. Donc je me suis appliqué à raconter en un minimum de mots des histoires. J’ai gagné ma vie avec des chansons de ce genre pendant des années… Aujourd’hui quantité d’artistes utilisent ce procédé souvent sans savoir d’où vient le genre ni qui lui a donné son nom. C’est la vie.

Si les profs des Écoles
Sont pédophiles mon bébé
C’est pour que le monopole
Ne reste pas chez les curés !

C’est quoi la suite ? Nouveau livre ? Nouvel album ?

J’aimerais bien que m’sieur Gallimard me propose d’éditer les petites histoires que je raconte chaque semaine sur mon mur Facebook, mais bien que je l’appelle il ne semble pas m’entendre…

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Le nouveau livre de Bruno Leandri : 101 curiosités historiques cocasses et stupéfiantes pour avoir quelque chose à raconter en toutes circonstances. Publié à La Librairie Vuibert.

 

EditoLa Genèse

En fait, si ma maman n’avait pas accouché, à Paris, le 17 octobre 1944, tout ce qui suit n’aurait jamais eu lieu. Je la remercie du tréfonds de l’âme.  Deux ans plus tard, en 1947, mon père, pourtant bien pauvre, se paie un AVC et je me retrouve orphelin. Recueilli par mon parrain, cheminot dans la Somme à Ailly-sur-Noye, je passe les premières années de mon existence au cul des vaches !

Vrai.

Ensuite ce sont mes grands-parents paternels, concierges rue du Mail où se situent les bureaux de l’Avant-Garde (journal rouge) qui me recueillent, et j’atterris à l’école primaire de la rue de la Jussienne, avec Sylvie Vartan. Elle n’en saura jamais rien car elle est à l’école des filles et moi du côté des garçons. Vrai.

Dans le même temps, je vais jouer au jardin du Palais-Royal et je suis fourni en bonbons par Colette (Le Blé en Herbe), qui ne manque pas de m’embrasser chaque fois que je passe devant elle…Vrai.

Encore quelques années et je regagne le domicile de ma maman, rue de la Bastille, où m’attend Jean-Pierre, mon grand frère. Comme je suis encore en âge d’aller à l’école, c’est place des Vosges dans la maison de Victor Hugo que j’apprends les tables de multiplication et les premières récitations. Vrai

En sortant de l’école, je croise Paul Fort et son grand béret. Vrai.

À n’en pas douter, ma vie de saltimbanque était tracée ! Quand on a pour parrain Victor Hugo, Paul Fort, Colette et Sylvie Vartan, on ne peut qu’aspirer à fouler les planches et tâter de l’écriture ! Pas vrai ?

La chanson, les débuts, le cabaret

Et nous voilà en 1960.

J’ai 16 ans. Mon frère 20. Il est appelé sous les drapeaux et part en Algérie en me confiant sa guitare. À son retour, j’ai composé une vingtaine de chansons et je lui demande son avis. Comme il n’y connaît rien, nous décidons d’aller à Bobino voir Brassens, pour avoir l’opinion d’un professionnel.  Gentil et patient, le poète m’écoute et m’encourage à continuer. Il me dirige même chez Philips vers son directeur artistique Claude Dejacques, mais trop timide, je me contente de savoir que Brassens a bien aimé mon travail. Vrai.

En 1961, forts de cette opinion, nous décidons, mon frère et moi, de monter un numéro de duettistes comiques : Gouate et Mallat ! Vrai

1962, nous jouons à l’Échelle de Jacob, à la Rôtisserie de l’Abbaye, et à la Méthode avec Coluche, Maurice Fanon, Pia Colombo et Bobby Lapointe que je retrouve quelques mois plus tard dans la tournée Brassens à Laval. Vrai.

En 1963, je remporte le Grand Prix de l’Eurovision mais personne ne s’en aperçoit. FAUX mais c’est dommage…

En 1964, je pars à mon tour sous les drapeaux où je m’ennuie profondément…! Vrai

En 1965, à mon retour de l’armée,  je rencontre Claude Serra, inventeur du mot « Chanson flash » et père du compositeur Éric Serra. Vrai.

Claude a inventé un genre de chanson qu’il a baptisé « Chanson Flash ». Le jeu consiste à écrire une chanson qui dure le moins de temps possible. Les siennes font un peu moins d’une minute, mais elles sont encore trop longues à mon goût, et avec son accord, j’entreprends d’en composer de moins de dix secondes.  Vrai.

La mayonnaise prend et je me retrouve bientôt à chanter chaque soir en cabaret mes petites âneries. Quarante chansons en vingt-cinq minutes ! Vrai.

Je change aussi de nom sans arrêt… En fait, je me cherche. On me voit au Caveau de la Bolée, à l’Écluse avec Barbara, à l’École Buissonnière avec René-Louis Lafforgue, au Port du Salut avec Maurice Fanon, à l’Échelle de Jacob avec Jacques Debronckart, etc… Vrai

Un soir je m’appelle Alain Roux (c’est mon vrai nom), le lendemain Alain Dubar, le surlendemain P’tit Louis… Vrai.

Bref, je fais tout pour rester inconnu. J’y parviens aisément ! Vrai.

Les cabarets ferment l’été et pour manger, je me fais engager, sur les conseils d’Alex Métayer, au Club Méditerranée. Pendant plusieurs années chaque été, je voyage en Sicile, en Grèce, en Corse, en Amérique latine, aux frais de Gilbert Trigano qui m’apprécie suffisamment pour m’offrir une guitare en 1966, après que la mienne fut allée embrasser le béton de la piste de danse. Vrai.

En 1967 au Club, je rencontre Jean-Pierre Elkabbach du côté de Buenos Aires. Il me propose d’entrer à France Inter. Ne me sentant pas de taille, je décline l’invitation. Je le regrette bien aujourd’hui. Ça fait pas mal dans un CV de dire qu’on a bossé à France Inter… La même année, toujours au Club Med, je rencontre André Roussin de l’Académie Française qui me fait faire ma première télé en compagnie de Barbara et de Georges Chelon, sous la direction d’Aimée Mortimer. Vrai.

En 1968, je me retrouve à apprendre à écrire des chansons aux Éditions Barclay. Dans le bureau d’à côté, Michel Fugain et Michel Sardou s’appliquent eux aussi à composer des chansons. J’y croise Maxime Le Forestier et sa soeur Catherine avec lesquels je sympathise, et c’est ainsi qu’au mois de mai, nous allons chanter avec Georges Moustaki dans les usines en grève. Notamment à la Snecma. Vrai.

En 1968 encore, Alain Barrière (Ma Vie) produit mon premier disque et me trouve mon pseudonyme, qui est en fait inspiré du véritable patronyme de François Villon, poète français du 15ème siècle, auteur de la Ballade des Pendus.  Vrai.

En 1970, je rencontre Jean-Louis Foulquier (Les Francofolies de La Rochelle, France Inter…) au Tire-Bouchon (cabaret Montmartrois) et sur ses conseils avisés, je passe de comique tout-terrain à chansonnier, et de cette année jusqu’en 1987, j’ajoute à ma déjà longue panoplie de cabarets, quelques établissements plus prestigieux : Le Don Camilo avec Pierre et Marc Jolivet, La Villa d’Este avec Sacha Distel et Isabelle Aubret, Le Caveau de la République avec Jean Amadou et José Garcimore, Le Théâtre de Dix Heures avec Bernard Dimey, et l’Olympia !

Je participe parallèlement à de nombreuses émissions de radio sur France Inter, Europe 1, RTL et de télévision, France 3, RMC, RTBF (Zygomaticorama…) Vrai.

C’est aussi au début de cette période (70/72) que je deviens copain avec l’immense dessinateur humoriste Marcel Gotlib (La Rubrique-à-brac) et que j’écris pour son magazine, Fluide Glacial, des petites sottises, en participant pour le même journal aux romans-photos de mon quasi frangin, Bruno Léandri. Vrai.

Les années télé

Et nous voilà en 1981.

François Mitterrand est élu. Je suis content, mais il ne me téléphone pas pour me remercier, pourtant j’ai voté pour lui ! Il est vrai que le soir des élections il avait sans doute autre chose à faire, et moi je n’étais pas facilement joignable, vu que je venais d’atterrir à Montréal où m’attendait Félix Leclerc pour une série de concerts. Vrai.

1982. À mon retour du Québec, la maman d’Antoine de Caunes, Jacqueline Joubert, me voit chanter au Caveau de la République et me propose de co-animer en compagnie de Cabu, William Leymergie, Jacky et Dorothée, une émission pour la jeunesse : Récré A2. Vrai.

J’accepte avec plaisir. Dès lors, je compose chaque semaine une chanson nouvelle destinée à consoler les enfants de leurs petits malheurs. La séquence s’intitule d’ailleurs «  Les Petits Malheurs », et c’est William Leymergie qui lui a donné son nom. Vrai.

Je participe chaque mercredi à ces émissions qui se font en direct, puis Mme Joubert me demande de passer sur les quotidiennes, et j’improvise sur la guitare que vient de me céder Marcel Dadi (La Guitare à Dadi), des petits couplets destinés à présenter les dessins animés. Vrai.

En 1985, toujours avec mon répertoire de chansons flash, je présente l’Olympia. Vrai.

En 1987, M. Jean-Luc Azoulay, auteur, compositeur et producteur de Dorothée, puis plus tard d’Hélène, des Musclés, etc…, me propose de suivre Dorothée pour co-animer sur TF1 une nouvelle émission jeunesse : Le Club Dorothée. Pendant 9 années aux côtés de la star des enfants, je participe avec plaisir à toutes les émissions d’AB Productions. Notamment à « Pas de Pitié Pour les Croissants », la série la plus déjantée du PAF (paysage audiovisuel français) de l’époque ! En dix ans de TF1, les heures d’émission se comptent par milliers ! Vrai.

Je chante, je danse (mal), je joue la comédie, je gagne très bien ma vie, mais je m’emmerde. J’ai besoin de changer d’air, et je quitte l’équipe en 1996. Sans heurt, sans colère, seulement las de ce boulot. J’y reviens néanmoins à la demande de M. Azoulay pour participer aux dernières émissions du Club Dorothée qui s’achève en 1997. Vrai.

Retour dans la vie vraie…

À partir de 1997 commence une longue période de galères. Je tente bien de tourner la page télévisuelle, mais rien n’est simple. Marqué par ces émissions destinées à la jeunesse, pendant de sans doute trop longues années, les portes refusent de s’ouvrir ! Ni les radios, ni les télés, ni le cinéma, ni le théâtre, ni les cabarets, ne désirent me donner une nouvelle chance ! Trop âgé pour qu’on me confie du boulot comme comptable dans une entreprise, je me retrouve rapidement sans aucun revenu ! Je vends ma maison de la région parisienne. Je m’acquitte de mes crédits et avec ce qu’il me reste de monnaie je fais l’acquisition d’une fermette dont le toit s’envole lors de la tempête de 99 ! Sans toit et sans revenu… l’avenir semble fortement compromis… Vrai.

Quelques empressés traduisent ma situation par SDF. Erreur. J’ai bien un domicile, mais pas de toit… ce qui n’est pas la même chose. Je ne gagne pas ma vie, mais j’ai les Assedic. Je ne suis donc pas à la rue même si la situation est rude ! Vrai.

Décidé à relever le museau, j’emprunte à mon frère de quoi remonter sur scène et je cours proposer mon nouveau répertoire aux amateurs de chansons du Festival Off d’Avignon. On est en l’an 2001. Vrai.

Preuve que je ne suis pas brouillé avec mes anciens collègues, Jean-Luc Azoulay m’offre les affiches, Dorothée me donne un micro, Ariane et Jacky se cotisent pour payer mon séjour avignonnais. Vrai.

Si le public est présent, les professionnels ont encore du mal à faire le déplacement, alors j’insiste et je refais Avignon les trois années suivantes. Vrai.

Je compose dans le même temps trois albums de chansons d’humour/humeur et d’engagement : Carnet mondain, Toi, ma guitare et moi et Tout pour être heureux. Vrai.

Petit à petit, le Corbier refait son nid. Avec le soutien de Sarcloret, de Serge Utgé-Royo, de Michel Bulher, et du poète Mathias Vincenot, on me voit à la Sorbonne, au Théâtre de Ménilmontant, au 20ème Théâtre, aux Cinq Diamants et dès 2008, fidèlement accroché à mes guitares, je chante partout en France bien sûr, mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada et jusqu’au fin fond de la Russie à Irkoutsk. Vrai.

Un sixième album François Corbier en concert avec Éric Gombart. est enregistré à Lyon en public. 19 titres + un bonus enregistré lors de mon passage à Bercy en décembre 2010, est sorti en octobre 2012. Vrai

Le septième, Vieux lion, album dédié à Cabu, est enregistré en studio. 13 titres. Il a vu le jour en Février 2015. Vrai

Mon livre, Vous étiez dans Dorothée ?, sorti début novembre 2012, est quasi épuisé. Vrai

Et la tournée se poursuit, de festivals en festivals, de petits lieux en salles prestigieuses, c’est plus de 240 jours par an sur les routes que j’ai le plaisir de rencontrer de nouveaux visages et le bonheur de partager des idées. Vrai.

En juin 2015 sort un nouveau bouquin : Mes chansons flash disponible comme mes CD uniquement sur mon site www.francoiscorbier.com  il faut cliquer sur Boutique ! Vrai.

Ni milliardaire, ni clochard, je poursuis ma route enchantée ! Vrai !



4 réponses à “Interview de François Corbier”

  1. Martine Magnin dit :

    quelle vie superbe ! bravo et merci pour ces paroles pleines d’humour !

  2. Catherine STEINBACH dit :

    Merci pour cette genèse avec votre plume toujours aussi plaisante à lire et bravo pour votre parcours qui a pourtant été bien semé d’embûches mais aussi de belles rencontres.

  3. Lionel PIANINA dit :

    Et Incroyable mais vrai avec Jacques Martin ? Non ? Étonnant !
    Tous mes voeux pour 2016, et que le meilleur reste à venir.
    Bravo et merci beaucoup de nous faire partager cet Incroyable destin !
    Amitié

  4. N'Orny dit :

    Mais quoi dire ?! Comment expliquer le plaisir que j’ai eu à lire l’interview de M’sieur François Corbier ?! Arf .. je ne dirais qu’une chose : Merci ! Merci beaucoup et … à bientôt pour l’interview numéro 2 😀

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