Interview de J.C. Gapdy

9 janvier 2016

Couverture_14x20_V4_04Quel est le premier livre que vous vous souvenez avoir lu ?

Celui-là (ainsi que les 6 qui ont suivi), je ne suis pas prêt de l’oublier car c’est celui qui a débuté ma fringale de lecture. Au point que j’en parle en préface de mon recueil Aliens, Vaisseau et Cie. Il s’agit de L’Escadron blanc de Joseph Peyré, dans le Livre de Poche. Je m’en souviens pour une raison toute particulière. Je n’aimais que les revues de BD et j’ai reçu ce petit livre avec l’obligation de le lire de la première à la dernière page, avant de dire si oui ou non, je n’aimais effectivement pas les livres. Je l’ai eu pour le début de l’après-midi ; le lendemain matin, en allant prendre le petit déjeuner, j’ai demandé si je pouvais avoir un autre livre. C’est là que j’ai reçu ceux de Frison-Roche avec sa série sur le Sahara : La piste oubliée, La montagne aux écritures puis Le Rendez-vous d’Essendilène, avant de dévorer sa série montagnarde : Premier de cordée, La grande crevasse et Retour à la Montagne.

Pensez-vous qu’il faille être un grand lecteur pour être un bon auteur ?

Franchement ? Oui, cela aide me semble-t-il. Quand on pratique une activité, on se forme rarement tout seul. On a besoin de maîtres, de moniteurs, de coach, d’exemples. J’ai réellement commencé à lire vers dix ans avec cet Escadron blanc. J’ai eu envie d’écrire vers quatorze ans. Il est vrai que j’ai un horrible défaut ; j’ai une imagination débordante et débridée depuis que je suis gosse. Cela aide aussi, je crois.

Quel a été le déclencheur de votre premier saut dans l’écriture ?

Aucune idée. C’est venu comme ça, à force de lire et d’avoir des idées d’histoires. Et puis, quand j’ai eu seize ans, mon frère qui est mon cadet, a trouvé un début de récit que je commençais « hyper chouette » (sic). Ça m’a marqué et j’ai continué à écrire mais sans dépasser le stade de l’écriture personnel, voire à destination de quelques rares personnes, amis ou famille.

Aviez-vous peur des éditeurs ?

Peur n’est pas le bon terme. Il se trouve que je ne suis pas quelqu’un de patient. Attendre des mois, recevoir un courrier qui annonce sèchement, sans aucune explication que ça ne rentre pas dans leur catalogue, dans ce qu’ils souhaitent éditer, etc. est plutôt « démotivateur ». Surtout quand on connait le processus de sélection, quand on sait que le lecteur du comité, s’il a daigné dépasser les premières pages ou celles prises au hasard, a jeté une formule lapidaire de refus. À côté de cela, j’ai tenté l’aventure de l’édition en répondant à un concours et c’est là que je me suis demandé si finalement répondre à des appels à textes n’était pas une première voie, avant de contacter des éditeurs. Et puis surtout, les éditeurs qui acceptent des nouvelles, en dehors des anthologies qu’ils éditent, sont assez rares. Aussi leur présenter directement, sans être connu, un recueil, n’est pas quelque chose qu’ils apprécient. Le passage au roman devrait me faire voir les choses différemment.

Vos domaines de prédilection sont la science-fiction et la fantasy. Pourquoi ce choix ?

SF, Fantasy et Fantastique même puisque j’ai envoyé un manuscrit de ce genre pour lequel j’attends sagement une réponse. Sinon, il n’y a pas de choix. En tant que lecteur, je suis passionné par ces trois genres, auxquels s’en ajoutent d’autres comme le policier, le roman historique et le policier historique. Ce qui me fait adorer la collection Grands détectives de 10/18 avec des auteurs comme Steven Saylor, Viviane Moore, Peter Treymane, CL Grace, pour n’en citer que quatre. Je me sens simplement plus à l’aise pour écrire dans la SFF. Les idées, les ressorts dramatiques, l’environnement et les décors me viennent plus facilement.

Quels sont pour vous les grands maîtres méconnus du genre ?

Méconnus ? Je vais me limiter à la SF pour parler de ça. Ainsi, je me suis aperçu que peu de gens connaissaient Philip K. Dick. Lors des deux salons que j’ai fait et des échanges que j’ai eu à droite à gauche, je me suis étonné du fait que même son nom n’était pas connu de nombreuses personnes. Mais, quand je cite les films issus de son œuvre, tout le monde me disait « Ah oui ! C’est lui qui a écrit ça ? ». Il est plus facile de parler des films comme Blade Runner, Next, A scanner darkly, Minority Report, Total Recall, Planète hurlante que de parler de ses livres et nouvelles. J’ai été édité à la suite d’un concours en hommage à Philip K. Dick et le recueil qui est né de cela s’accompagne d’une citation de son œuvre pour chaque nouvelle. Ce qui explique que je parle de lui en premier. Mais j’ai découvert que de nombreuses personnes, passionnées de SF, n’avait jamais ouvert de livres de Philip Joseph Farmer ou de Stefan Wul ne connaissaient pas Ayerdhal qui nous a quitté en Octobre. De ce dernier, je vous conseille la lecture de Rainbow Warriors (qui a reçu, sauf erreur de ma part, deux prix : Bob Morane et Rosny Ainé), Le Cycle de Cybione (je l’ai découvert avec Cybione) et Bastards (Prix Rosny aîné 2015 qui a été décerné à la 42° CSF à laquelle j’ai assistée).

C’est quoi le techno-thriller ?

En littérature générale, le techno-thriller est, pour faire simple, un thriller, une intrigue de politique-fiction, orienté technologie, se déroulant dans un monde d’actualité ou d’anticipation. Dans ce monde l’usage de technologies militaires s’impose face à des guerres, à des menaces de guerre, à du terrorisme, etc. Le grand maître du genre reste encore Tom Clancy (Octobre rouge entre autres).

Par contre, en SF, il s’agit d’un sous-genre de type policier, une fiction policière se déroulant dans un monde d’anticipation et usant de technologies futuristes donc. C’est le cas de Vivez, éliminez, l’une des nouvelles de mon recueil.

Vous avez le projet de dédier autant de nouvelles qu’il existe de sous-genres en SF. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Cela me parait presque une utopie, car il n’existe pas de classification officielle des sous-genres de la SF. Mais j’en aime de nombreux et j’en ai recensé suffisamment pour avoir du grain à moudre. Je m’étais dit qu’il existait, de mon point de vue s’entend, ce qui peut donc être critiqué et amélioré, trois grands genres : la Hard SF et la Soft SF, puis la SF spéculative. La première est très orientée vers la technologie, les sciences, l’espace, etc ; on y trouve les films issus de l’œuvre de PK Dick que je citais un peu avant. La seconde touche plus les personnes, la conscience, s’approche du fantastique et peut aller jusqu’à la SF humoristique (exemple avec Mars Attack) et satyrique. La première nécessite que les sciences permettent d’expliquer ou servent de fondements aux progrès, à l’évolution technologique, à la découverte spatiale. La seconde s’en affranchit, voire la réduit en miette.

La SF spéculative, elle, est plus orientée anticipation et essaie à partir des progrès actuels de proposer une vision du futur qui s’appuie sur les recherches scientifiques existantes, les découvertes technologies, les énigmes scientifiques, etc.

Je ne vais pas lister ici les 35 sous-genres que j’ai, pour l’instant, recensé. Mais je vous en propose quelques exemples.

Dans Aliens, Vaisseau et Cie, Sibirsky mélange les mondes post-apocalyptiques et les univers parallèles, Vivez, Éliminez est un techno-thriller, Aliens, Vaisseau et Cie est du space opera, Importance toute relative est une uchronie avec des extra-terrestres, Votre sainteté mélange dystopie et SF de religion.

J’ai commencé la suite de ce recueil avec une série de nouvelles parmi lesquelles figurent déjà du military SF, donc une nouvelle orienté armée et militaires, une planetary SF (genre qu’affectionnait Jack Vance par exemple avec la Planète Géante), un steampunk SF (regardez le Sherlock Holmes joué par Robert Downey Jr et Jude Law si vous ne connaissez pas ce genre), une autre uchronie avec des extra-terrestres, un laboratory SF, etc. Aujourd’hui, cela représente une vingtaine de nouvelles qu’il me faut maintenant, améliorer et finaliser.

C’est quoi la suite ?

Côté SF, outre l’envie de participer à des salons comme ceux que j’ai fait (deux sont programmés en début 2016), de me retrouver à ma deuxième convention nationale de SF qui se déroulera à Bordeaux fin août 2016, j’attends la parution d’anthologies ou revues dans lesquelles figurent de mes nouvelles.

En décembre, dans la Revue Gandahar, il y a eu Autochorie martienne qui est la suite de l’appel à texte sur l’Intelligence Végétale ; en 2016, sortira chez Rivière Blanche, le 3ème tome de Vision New-York dans lequel se trouvera Hypothèse N-Y. Sinon, je dispute actuellement le 6° tournoi des nouvellistes au sein de Nouveau monde ; on verra si ma nouvelle de Hard SF Peine de Mort tient au-delà des 8ème de finales. Elle sera, de toute façon, dans le recueil final avec une seconde nouvelle, du genre Fantasy cette fois : Maître Zynarf. J’ai quelques nouvelles en cours pour des appels à texte que j’achève et, surtout, j’avance sur un roman SF que j’ai commencé il y a peu et qui vient d’attendre ses presque 200 pages et qui est prévu pour être achevée très prochainement.

Côté fantastique, j’ai deux recueils de nouvelles dont un qui est en recherche d’éditeur et donc en attente de réponse ; le deuxième est en phrase de relecture. Enfin, je finalise un roman mélangeant la SF et la Fantasy, avec l’objectif de l’achever avant l’été prochain.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Au moment où je réponds à cette interview, je viens de finir L’homme inquiet de Henning Mankell, qui est décédé en octobre dernier. J’avais son livre depuis plusieurs années mais n’avais pas encore eu le temps de le lire. J’attaque Sympathies for the Devil de Thomas Day.

J.C. Gapdy est né en 57, du siècle précédent, et vit en Provence.

Scientifique de formation, il a dévié d’une filière de biologie vers l’informatique qui est devenu la base de son métier. Il partage son temps, outre sa famille, entre son activité d’informaticien et celle de professeur associé à l’Université d’Avignon.

Sa participation à un concours de nouvelles en hommage à Philip K. Dick a vu douze de ses nouvelles retenues. La première est sortie dans l’anthologie Dimanche au bord du Monde chez Assyelle et les suivantes dans un recueil Aliens, Vaisseau et Cie. Sous le pseudonyme de P. de Loup Rouge, un recueil de poèmes de Fantasy est sorti chez le même éditeur sous le titre L’éternité oubliée.

Et des projets de recueils et de romans sont en train de voir le jour sous sa plume.

Pour en savoir plus sur J.C. Gapdy : jcgapdy.blogspot.fr



2 réponses à “Interview de J.C. Gapdy”

  1. Thérèse André-Abdelaziz dit :

    Voilà une interview intéressante qui va m’aider à « remonter » le temps des Paroles d’auteurs dont mon temps d’horloge m’a coupée !En ai-je des Paroles à moudre !
    Etonnée je suis également par le nombre de personnes qui ne connaissent pas Philip K. Dick. Je le lisais, ainsi que d’autres, dans le mensuel FICTION, bien ficelé.
    Allez, que vive Paroles d’auteur qui me pardonnera mes infidélités…

  2. Thérèse André-Abdelaziz dit :

    PS : je déplore, tout comme J.C. Gapdy, la frilosité des édi eurs vis-à-vis des recueils de nouvelles et le temps de réponse d’un comité de lecture qui, au final, vous envoie un courrier stéréotypé vous apprenant que votre manuscrit n’entre pas dans leur ligne éditoriale, et patati, patata

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