Interview de Karine Gobled

5 septembre 2015

Karine Gobled
Actu SF
auteur
Née en 1976 dans une Belgique écrasée de soleil et sous un brin de muguet, Karine Gobled grandit dans le Nord de la France. Lectrice boulimique depuis les histoires contées le soir, elle se prend de passion pour les littératures de l’imaginaire pendant ses études universitaires. En 2001, elle découvre l’uchronie et c’est le coup de foudre. Membre du prix ActuSF de l’uchronie, elle publie en 2015 le Guide de l’uchronie, co-écrit avec Bertrand Campeis, spécialiste du genre. Depuis 2008 elle anime le RSF Blog, un journal en ligne consacré à la science-fiction.
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Couv Uchronie HDQuel est le premier livre que vous vous souvenez avoir lu ?

Un livre d’histoires à lire avant de dormir. Il contenait 365 petites histoires que me lisait (et me relisait) ma maman le soir. C’est mon premier souvenir marquant de lectrice parce que c’est avec ce livre que j’ai appris à lire et, surtout, à aimer lire.

Pensez-vous qu’il faille être un grand lecteur pour être un bon auteur ?

Je ne sais pas. Je suis sûre qu’on peut trouver des bons auteurs qui sont de petits lecteurs tout comme on peut trouver de mauvais auteurs qui sont de grands lecteurs. Néanmoins on trouve aussi des d’auteurs qui ne lisent pas (au prétexte de ne pas vouloir se laisser influencer) dont l’œuvre se révèle sans originalité et mal fichue. Être un grand lecteur permet d’apprendre (construction, narration etc.) et de prendre de la distance par rapport à son texte pour le juger avec plus de justesse (notamment quand il ne se révèle pas aussi bon qu’on le croyait en l’écrivant).
J’imagine cependant que, quand on écrit et qu’on cumule cette activité avec la vie quotidienne (une famille, un travail, une vie sociale), on lit moins par manque de temps.

Vous avez une passion pour les « mauvais genres » auxquels vous consacrez un blog. Quels sont ces « mauvais genres » ?

La science-fiction, la fantasy, le fantastique (et leurs sous-genres, puisque les éditeurs et les lecteurs restent friands d’étiquettes) et l’uchronie. Bizarrement, je n’accroche pas aux romans noirs, polars, thrillers. On ne peut pas avoir tous les vices…

En janvier dernier, vous avez sorti avec votre compère, Bertrand Campeis, Le Guide de l’uchronie. C’est quoi l’uchronie ?

L’uchronie est un procédé qui consiste à modifier un événement du passé et à réécrire l’histoire de manière logique à partir de cette divergence. Et si Adolf Hitler avait réussi le concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts de Vienne, que se serait-il passé ?

Étymologiquement, le mot uchronie est forgé sur le modèle du mot utopie de Thomas More. Utopie : du grec « ou » non et « topos » lieu, « lieu qui n’existe pas ».

Uchronie : du grec « ou » non et « kronos » lieu, « temps qui n’existe pas ».

Pourriez-vous nous conseiller quelques bons romans uchroniques ?

L’uchronie a la chance d’être « transgenre ». Vous aimez les thrillers ? Fatherland de  Robert Harris est fait pour vous. Vous préférez le roman historique ? Tentez Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete. Vous avez un faible pour les secondes chances ? Dans L’Échange d’Alan Brennert vous trouverez ce que vous cherchez. Vous n’avez pas peur de perdre vos repères ? Plongez dans Rêves de Gloire, fresque polyphonique vertigineuse de Roland C. Wagner.

Comment écrit-on à quatre mains ?

Avec méthode et de manière concertée.

Travailler à quatre mains avec Bertrand n’a guère été difficile et s’est fait naturellement. Par téléphone, nous avons commencé par travailler sur la masse documentaire pour choisir les œuvres que nous allions évoquer dans le guide (incontournables, insolites, diversifiées). Puis nous avons élaboré un plan de l’ouvrage (la partie la plus technique), plan qui a été soumis à l’éditeur. Une fois ce plan validé, nous nous sommes répartis le travail d’écriture. Nous avons chacun relu le travail de l’autre pour traquer les erreurs de fond et de forme. Écrire ce guide équivalait à réaliser un puzzle, mais quel bonheur une fois celui-ci assemblé !

Vous participez à trois prix littéraires spécialisés. Pouvez-vous nous en dévoiler l’envers du décor ?

Lire, lire beaucoup et lire encore. C’est simple, en réalité.

Ensuite il s’agit de commenter et voter pour élire un ouvrage. Les trois prix ont chacun leurs spécificités y compris en ce qui concerne le processus de vote.

Pour le prix ActuSF de l’uchronie, le jury évalue chaque titre et établit une short list dans chacune des catégories (littérature, graphisme et prix spécial). Lors d’une rencontre conviviale, il délibère pour élire un lauréat. Le jury garde le contact par mail.

Pour le prix Planète-SF des blogueurs, prix de lecteurs/blogueurs de SF, fantasy, fantastique, le processus est plus complexe. Le jury et les membres de la communauté Planète SF établissent ensemble une short list : le jury propose trois titres et le quatrième est désigné par la communauté. Le jury, disséminé sur le territoire français, délibère par écrans interposés lors d’un tchat (ce qui n’empêche pas la convivialité d’être au rendez-vous). Les lectures sont discutées sur le forum de la communauté ou sur nos blogs respectifs.

Le prix Une Autre Terre fonctionne différemment : en novembre un comité de lecture propose trois ouvrages à lire avant la délibération qui se tient en mars et réunit une vingtaine de jurés. Là aussi, la convivialité est de mise lors des différents débats qui permettent d’élire le lauréat.

Pouvez-vous nous parler de la revue AOC ?

AOC, pour Aventures Oniriques et Compagnie, est un fanzine publié par le Club Présences d’Esprits consacré aux nouvelles d’auteurs débutants. Les nouvelles doivent relever des genres de l’imaginaire. Tous les trimestres, un comité de lecture sélectionne les meilleurs textes reçus. Ces textes bénéficient de corrections avant publication. Chaque nouvelle est accompagnée d’une illustration. AOC a deux objectifs : faire connaître de jeunes auteurs et illustrateurs talentueux et aider ces derniers à s’améliorer (grâce aux corrections proposées sur leurs textes et grâce à des articles sur l’écriture).

Avez-vous le projet d’un prochain livre en tête ?

Rien de précis. Des envies, des vagues petits bouts d’idées pour l’instant. Reste à voir ce qui va émerger…

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Je suis ton ombre de Morgane Caussarieu. Une claque.

Rien à voir avec de l’uchronie (une infidélité que je ne regrette pas).

karine gobledNée en 1976 dans une Belgique écrasée de soleil et sous un brin de muguet, Karine Gobled grandit dans le Nord de la France. Lectrice boulimique depuis les histoires contées le soir, elle se prend de passion pour les littératures de l’imaginaire pendant ses études universitaires. En 2001, elle découvre l’uchronie et c’est le coup de foudre. Membre du prix ActuSF de l’uchronie, elle publie en 2015 Le Guide de l’uchronie, co-écrit avec Bertrand Campeis, spécialiste du genre. Depuis 2008 elle anime le RSF Blog, un journal en ligne consacré à la science-fiction.

Pour en savoir plus sur Karine Gobled : RSF Blog



2 réponses à “Interview de Karine Gobled”

  1. martine magnin dit :

    intéressant et original, merci pour la chronique et bonne route à l’auteur

  2. […] Le site Paroles d’auteurs m’a très gentiment interviewée et le résultat est publié ici. […]

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